Cerveau à bord
Votre cerveau est la caractéristique de sécurité la plus importante de votre véhicule.
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Votre cerveau est la caractéristique de sécurité la plus importante de votre véhicule.
Avec ce beau temps et votre dossier de conduite irréprochable depuis 50 ans, les risques de collision sont bien loin de vos préoccupations du moment. Vous vous approchez d’une intersection achalandée où il y a un panneau d’arrêt pour chaque route. Après avoir marqué l’arrêt, vous accélérez en pensant que c’est à votre tour de passer. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Un coup de klaxon vous avertit de l’imminence de la collision, au moment précis où le côté passager de votre véhicule est percuté. Heureusement, personne n’est blessé et les dommages aux deux véhicules sont minimes en raison de la faible vitesse à laquelle s’est produite la collision. Quand le conducteur de l’autre véhicule sort de sa voiture et vous demande pourquoi vous n’avez pas respecté la priorité, vous avez le sentiment angoissant que cette collision est entièrement votre faute.
Les conducteurs âgés sont de plus en plus nombreux sur les routes. S’ils possèdent en règle générale plus d’expérience que les autres conducteurs, divers aspects liés à l’âge présentent des risques du point de vue de la sécurité routière. La recherche montre que les dispositifs de sécurité des véhicules peuvent prévenir les collisions ou atténuer leur gravité à condition d’être associés à des techniques de conduite sécuritaires. Il est essentiel que les conducteurs âgés comprennent l’incidence du vieillissement sur la conduite et sachent utiliser efficacement les dispositifs de sécurité de leur véhicule.
La plupart des études définissent les conducteurs âgés comme ceux ayant plus de 65 ans. En raison des différences observées dans leur risque de collision, les chercheurs divisent parfois les conducteurs âgés en trois catégories : de 64 à 74 ans, de 74 à 85 ans et plus de 85 ans.
D’après Transports Canada, près de 94 % des personnes âgées de 65 ans et plus au Canada disposaient d’un permis de conduire en 2019. Le nombre de conducteurs âgés est en hausse au Canada et représente environ 17 % de l’ensemble des titulaires de permis de conduire au pays (Transports Canada, 2020). La recherche a également observé systématiquement une relation causale entre l’âge et l’implication dans les collisions de la route (Mayhew et Simpson, 2006 ; Gomes-Franco et coll., 2020), constatant que le groupe des conducteurs âgés présente un risque de collision accru. D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en 2020, les personnes âgées de 60 ans et plus étaient plus nombreuses que les enfants de moins de 5 ans. De plus, entre 2015 et 2050, la part de la population mondiale âgée de plus de 60 ans devrait presque doubler, passant de 12 % à 22 % (OMS, 2022). À mesure que la population vieillit, un plus grand nombre de conducteurs présentant une diminution des capacités liée à l’âge circuleront sur les routes.
Les raisons pour lesquelles les conducteurs âgés représentent un groupe à risque élevé sont variées. Une raison importante est que les conducteurs âgés préfèrent emprunter le réseau routier local et éviter les autoroutes (Robertson et Vanlaar, 2008 ; Mayhew et Simpson 2006; Braitman et coll. 2011 ; Hansen et coll., 2020). Comme les voies locales sont généralement plus fréquentées et comptent plus d’intersections que les autoroutes, les occasions de collisions impliquant des conducteurs âgés sont plus nombreuses. De plus, les conducteurs âgés conduisent parfois moins souvent que les jeunes automobilistes. Malgré de nombreuses années d’expérience, la faible distance annuelle parcourue par des conducteurs âgés est positivement corrélée à un risque accru de collision (Alvarez et Fierro, 2008 ; Hansen et coll., 2020).
Certains conducteurs âgés peuvent souffrir d’affections ou de problèmes médicaux susceptibles de nuire à leur aptitude à conduire en toute sécurité Parmi les conducteurs de 65 ans et plus impliqués dans des collisions, plus de 80 % présentaient un ou plusieurs diagnostics pouvant nuire à la conduite ; plus de la moitié souffraient d’une maladie cardiovasculaire, plus de 40 % avaient une déficience visuelle et plus de 40 % avaient un diagnostic touchant les fonctions motrices. On observait aussi une prévalence élevée de diagnostics pouvant nuire à la conduite chez les personnes âgées de moins de 65 ans (Skyving, Möller et Laflamme, 2023).
De plus, les conducteurs âgés affichent le troisième taux de mortalité le plus élevé par 100 000 conducteurs, après les conducteurs âgés de 20 à 24 ans et de 25 à 34 ans (Transports Canada, 2022). La fragilité physique de certains conducteurs âgés est l’une des principales raisons de cette statistique. En cas de collision de gravité comparable, un conducteur âgé est plus susceptible de subir des blessures graves ou mortelles qu’un jeune conducteur (Robertson et Vanlaar, 2008).
La plupart des facteurs associés au vieillissement peuvent affecter l’aptitude à la conduite. Certains facteurs, comme des temps de réaction plus lents et une agilité réduite, font partie du déclin normal des aptitudes liées au vieillissement (Alvarez et Fierro, 2008 ; Dobbs, 2005 ; Bucsuhazy et coll., 2020 ; Zhao, Yamamoto et Kanamori, 2020). De plus, les personnes âgées sont sujettes à de nombreux problèmes médicaux courants qui peuvent nuire à leur aptitude à conduire, comme une déficience visuelle, des limites physiques majeures qui réduisent leur agilité au volant, ainsi que d’autres pathologies graves, comme les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, ou une détérioration des fonctions cognitives, comme la démence (Charlton et coll., 2004 ; Dobbs, 2005 ; Zhao, Yamamoto et Kanamori, 2020).
L’aptitude à la conduite des personnes âgées peut également être compromise par un certain nombre de médicaments, comme les antidépresseurs, les benzodiazépines, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les anticoagulants et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (McGwin et coll., 2000 ; Hetland et Carr, 2014 ; Lu et coll., 2020 ; Zitoun et coll., 2022). Cet élément est d’autant plus important que la fréquence et la quantité de médicaments prescrits ont tendance à augmenter avec l’âge.
Pour mesurer l’influence de ces facteurs sur les risques de collision, il faut examiner les types de collisions impliquant des conducteurs âgés. Les conducteurs âgés sont plus susceptibles d’être impliqués dans des collisions aux intersections, des collisions latérales ou de biais, et au moment d’effectuer des virages, en particulier pour tourner à gauche (Mayhew et coll., 2006 ; Braitman et coll., 2010 ; IIHS, 2023). En 2021, parmi les conducteurs de véhicules de tourisme impliqués dans des collisions mortelles, les collisions à plusieurs véhicules à des intersections comptaient pour 39 % des cas chez les conducteurs de 80 ans et plus, contre 20 % chez les conducteurs de 16 à 59 ans (IIHS, 2023). De plus, les conducteurs âgés sont plus susceptibles que les autres d’être impliqués dans des collisions liées à des infractions au Code de la route, comme le fait de ne pas céder la priorité ou le non-respect d’un panneau de signalisation routière (Mayhew et coll., 2006 ; Braitman et coll., 2010 ; IIHS, 2023). Ce type de collision tend à augmenter avec l’âge, en particulier après 80 ans (Mayhew et coll., 2006 ; IIHS, 2023).
Les dispositifs de sécurité des véhicules réduisent le risque de collision et améliorent la sécurité routière globale lorsqu’ils sont associés à des pratiques de conduite sécuritaires. Cependant, certaines erreurs de conduite sont susceptibles d’avoir des effets négatifs sur l’aptitude à rouler en toute sécurité et peuvent par conséquent affecter l’efficacité optimale de divers dispositifs de sécurité. Cette situation peut se produire de plusieurs manières.
L’activation dépend de la réaction préalable : Les dispositifs de sécurité actifs ne pouvant pas « surveiller la route » de manière autonome, plusieurs fonctions se déclenchent en fonction du freinage et des manoeuvres de direction du conducteur. Ces dispositifs de sécurité s’activent uniquement en réponse à des actions précises du conducteur. Comme les conducteurs âgés réagissent généralement plus lentement aux situations, leur activation peut être retardée. Pour être pleinement efficaces, les dispositifs de sécurité ont besoin de temps et de distance suffisants ; une réaction tardive du conducteur peut ainsi nuire à leur efficacité en réduisant la marge de manoeuvre disponible.
Coordination et force importantes requises : Avant et pendant l’activation des dispositifs de sécurité et les manoeuvres de conduite d’urgence, les conducteurs doivent être en mesure d’effectuer des actions nécessitant une force et une coordination élevées.
Premièrement, certains dispositifs de sécurité, comme l’assistance au freinage d’urgence, nécessitent un freinage initial rapide et vigoureux. La détérioration des habiletés motrices et de l’agilité chez les conducteurs âgés peut rendre difficile l’atteinte du niveau de force et de rapidité requis. Deuxièmement, lorsque les dispositifs de sécurité s’activent, les conducteurs doivent être capables de prendre des décisions complexes et d’agir de manière appropriée pour tirer parti de ces dispositifs et maîtriser la situation. Par exemple, le contrôle électronique de la stabilité (CES) peut déclencher un freinage ciblé pour rétablir la stabilité du véhicule, mais les conducteurs doivent tout de même ajuster leur vitesse et manoeuvrer le véhicule pour éviter le danger. Dans des situations très stressantes où les dispositifs de sécurité entrent en action, la rapidité de réflexion et d’intervention des conducteurs est déterminante. Le processus naturel de vieillissement affecte cette capacité, et le déclin peut être accentué par certaines affections médicales et certains médicaments.
Collisions liées à l’âge des conducteurs et limites des dispositifs de sécurité : Les dispositifs de sécurité ne peuvent pas prévenir de nombreux types de collisions lorsque celles-ci sont causées par la diminution des capacités liée au vieillissement. Les collisions qui se produisent à vitesse relativement faible, par beau temps et sur l’instant (par exemple, quand un conducteur omet de céder le passage à un autre véhicule à un arrêt toutes directions), ne déclenchent pas forcément tous les dispositifs de sécurité. Par ailleurs, même si les coussins gonflables et les ceintures de sécurité continueront toujours de protéger les occupants, le fait reste que les conducteurs âgés sont exposés à un risque accru de blessures dans les collisions moins graves en raison de leur plus grande fragilité. Chez les conducteurs plus âgés, certaines collisions qui échappent à l’intervention de nombreux dispositifs de sécurité peuvent néanmoins présenter un risque accru de blessure.
Lorsque les facteurs qui influencent l’efficacité des dispositifs de sécurité se trouvent compromis par ceux qui affectent la capacité des conducteurs âgés à conduire de façon sécuritaire, il en résulte une diminution potentielle des avantages globaux que ces dispositifs peuvent offrir aux usagers de la route. La meilleure façon de s’assurer que les dispositifs de sécurité offrent pleinement leurs avantages consiste à adopter une conduite sécuritaire et à éviter de compter sur ces dispositifs pour compenser une diminution des capacités de conduite.
Des temps de réaction plus longs, une déficience visuelle, une réduction de la mobilité physique et un déclin cognitif sont autant de manifestations liées au vieillissement qui sont susceptibles de compromettre plusieurs dispositifs de sécurité, en particulier ceux dont l’efficacité maximale dépend de la participation active du conducteur. Certains dispositifs, notamment le système de freinage antiblocage (ABS), le contrôle électronique de la stabilité, l’assistance au freinage d’urgence et le répartiteur électronique de force de freinage (REFF), ne peuvent être activés que par le conducteur et dépendent des interventions de celui-ci après leur activation. Tout ce qui retarde l’activation de ces dispositifs, que ce soit une réaction tardive aux dangers routiers causée par une déficience visuelle ou l’incapacité d’analyser une situation dangereuse et de prendre les mesures qui s’imposent, peut nuire à leur efficacité.
D’autres dispositifs de sécurité, comme les phares adaptatifs, les systèmes d’avertissement de collision avant et les systèmes d’avertissement de franchissement de ligne sont passifs et ne dépendent pas de l’intervention directe du conducteur. Toutefois, l’efficacité réelle de ces dispositifs en matière de sécurité repose encore sur la capacité du conducteur à réagir. Par exemple, les phares adaptatifs améliorent l’éclairage nocturne de certaines zones de la route, mais s’ils révèlent un danger potentiel, il appartient malgré tout au conducteur de réagir pour éviter une collision. Une telle manoeuvre requiert une bonne vision nocturne, une réaction rapide et des compétences de conduite extrêmement précises, trois capacités qui diminuent avec l’âge.
Certains dispositifs de sécurité semblent pallier exactement les types de problèmes que ceux qui touchent les conducteurs âgés. Par exemple, les systèmes d’avertissement de franchissement de ligne et de collision avant informent les conducteurs âgés des risques de situations dangereuses qui découlent d’une baisse momentanée de leurs aptitudes de conduite. Il est toutefois préférable pour les conducteurs âgés de ne pas se fier à ces dispositifs de sécurité, sachant qu’après le déclenchement d’une alerte sonore, ils ne disposent que d’un délai très court pour réagir à la situation. Chez les conducteurs plus âgés qui connaissent des épisodes de somnolence ou des pertes temporaires de conscience, il peut être préférable de réduire le temps de conduite plutôt que de se fier principalement à des dispositifs de sécurité émettant des avertissements lorsqu’un danger est détecté.
Actuellement, aucune loi canadienne ne s’applique exclusivement aux conducteurs âgés. En revanche, les règles de délivrance du permis de conduire changent pour les conducteurs de plus de 80 ans. Les détails de ces changements varient à l’échelle du Canada, car les normes en matière de permis relèvent des provinces et des territoires.
En Ontario, avant leur 80e anniversaire, puis tous les deux ans par la suite, les conducteurs âgés reçoivent une lettre et un formulaire de demande de renouvellement de permis de conduire du ministère des Transports de l’Ontario (ministère des Transports, Ontario, 2023). Le processus de renouvellement du permis de conduire comprend un examen de la vue, un exercice en groupe d’évaluation cognitive, un examen du dossier du conducteur, un examen pratique de conduite (catégorie G1) si nécessaire, et une séance de formation collective. Si les résultats sont positifs, un nouveau permis de conduire valable pour deux ans leur est délivré (contre cinq ans pour les conducteurs des autres groupes d’âge).
Il existe de nombreuses sources d’information au sujet et à l’intention des conducteurs âgés. La FRBR a publié de nombreuses recherches, qui peuvent être consultées à frbr.ca, sur le sujet des conducteurs âgés. L’Insurance Institute for Highway Safety aux États-Unis a mis ses recherches en ligne à www.iihs.org (en englais seulement).
Pour de plus amples renseignements, y compris des conseils de sécurité pour les conducteurs âgés, consultez le site de Transports Canada (tc.canada.ca/fr) et l’Association canadienne des automobilistes (https://www.caa.ca/fr/conduite-securitaire/conducteurs-ages). Aux États-Unis, le National Institute on Aging est une ressource précieuse pour les conducteurs âgés (www.nia.nih.gov / en anglais seulement).
Documents de référence
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